Projet d’Arrêté chasse quinquennal du Gouvernement wallon / première lecture

Quand le Gouvernement wallon n’écoute que les chasseurs sous prétexte de raisons économiques. 

Par son arrêt du 25 octobre 2019, le Conseil d’Etat annulait l’Arrêté du Gouvernement wallon (AGW) du 24 mars 2016 fixant les modalités d’ouverture de la chasse du 1er juillet 2016 au 30 juin 2021. Les raisons principales de cet arrêt : d’une part la directive 2009/147/CE “Oiseaux” n’est pas correctement respectée et d’autre part la possibilité de chasser à l’approche certaines espèces durant l’heure qui précède le lever du soleil et l’heure qui suit son coucher constitue une régression à la protection de certaines espèces. Trois oiseaux dont le statut est vulnérable sont notamment visés : la perdrix grise, la sarcelle d’hiver et la bécasse des bois. Le Gouvernement wallon devait donc de corriger l’AGW quinquennal 2016-2020 pour répondre aux griefs du Conseil d’Etat. C’est dans ce but que le Gouvernement wallon a adopté hier, en première lecture , un projet d’AGW quinquennal portant sur la période de juillet 2020 à juin 2025. Ce projet est l’oeuvre du Ministre Willy Borsus, Vice-Président de la Wallonie, Ministre de L’Économie, du Commerce extérieur, de la recherche et de l’Innovation, du numérique, de l’Agriculture et de la chasse, de l’Aménagement du Territoire. Ce n’est pas peu dire que ce projet s’est fait sans aucune écoute des organisations environnementales et en particulier sans dialogue avec la coalition “Stop aux dérives de la chasse” qui regroupe à ce jour 63 associations et dont la pétition a déjà récolté plus de 32.000 signatures. Force est de constater que le principal syndicat des chasseurs et quelques grossistes en viande ont plus l’écoute du Ministre que 63 associations citoyennes représentant plusieurs centaines de milliers de membres et de sympathisants. Ce projet est justifié par le gouvernement wallon, dans son préambule, par le fait que la chasse est activité économique d’importance. Elle y est présentée comme source de revenus pour la région et les communes. Mais ne prendre en compte dans un calcul économique que les dépenses des chasseurs, dont les revenus de diverse taxes pour la région (TVA, location de baux de chasse, permis de chasse) et les communes (location de baux de chasse), est une aberration. Ce sont les recettes et les coûts qui doivent être comparés dans leur globalité. Ce calcul mène à la conclusion que la chasse est déficitaire pour l’ensemble de la société lorsque sont pris en compte l’explosion des populations de sangliers, mal gérées, la lutte contre la peste porcine africaine qu’ils véhiculent, les dégâts agricoles et forestiers, ect. Pour plus d’informations : https://stopderiveschasse.be/la-chasse-un-secteur-economique-a-part-entiere/ Pour rappel, la coalition demande au Gouvernement wallon :

  • de limiter l’AGW en préparation à la saison de chasse 2020-2021 ; 
  • de n’étendre la période de chasse que pour le sanglier ;
  • de respecter l’arrêt du Conseil d’État ;
  • d’ouvrir une large concertation avec toutes les parties prenantes concernées ; 
  • de revoir le fonctionnement du Pôle ruralité ;
  • de mettre en oeuvre l’article 15 du Code forestier.

et de préparer ensuite le prochain arrêté quinquennal pour la période 2021-2026. En bref, ce projet d’AGW ne répond pas aux demandes suivantes du collectif :

  • le projet d’AGW est quinquennal ;
  • aucune concertation n’a été organisée avec d’autres acteurs de la ruralité, seuls les chasseurs et les marchands de gibier ont été consultés ;
  • la section nature du” Pôle ruralité” ne sera pas consultée malgré l’impact énorme de la chasse sur la Nature ;
  • l’esprit de l’Arrêt du Conseil d’Etat est contourné et piétiné en jouant sur les mots et en interdisant l’approche mais pas l’affût de la Bécasse des bois et de la Sarcelle d’hiver alors que ce type de chasse qu’est l’approche n’existe pas pour ces deux gibiers (affût et approche étaient indissociés dans l’arrêté quinquennal cassé par le Conseil d’État) ;
  • pas un mot sur le nourrissage des sangliers, qui entraine leur surpopulation; 
  • la chasse de la Sarcelle d’hiver est maintenue, seulement retardée de 15 jours afin de tirer sur les migrateurs ;
  • la chasse à l’arc, particulièrement cruelle pour les animaux, n’est toujours pas interdite explicitement ;
  • les lâchers de petit gibier et de gibier d’eau pour le tir ne sont pas remis en cause, sauf pour la Perdrix grise (obligation d’un plan de gestion et port d’une bague obligatoire en cas de lâchers de repeuplement) ;
  • les dimensions biodiversité et sociale/tourisme de la forêt sont inexistantes dans le projet.

En résumé, il n’y a eu aucune concertation du gouvernement avec ses citoyens et la discussion des problèmes des dérives de la chasse est gelée pendant cinq ans. Les questions essentielles de biodiversité (interdiction du nourrissage artificiel du sanglier, malgré les recommandations scientifiques dans le cadre de la lutte contre la peste porcine africaine), celles relatives au bien-être animal (lâchers de gibiers d’élevage, battue à cor et à cri, chasse à l’arc) et d’accès à la forêt (interdiction de chasse les dimanches et jours fériés, mise en oeuvre de l’article 15 du Code forestier) ne sont pas prises en considération.  La révision du mode de fonctionnement du Pôle ruralité*, où dominent les chasseurs, n’est pas évoquée non plus, comme si la chasse était une activité isolée, hors nature, justifiée par la seule “tradition”, alors qu’elle ne se justifie de nos jours que pour la régulation du grand gibier et en cas de restauration des habitats du petit gibier.Quant à la Convention d’Aarhus**, elle n’est toujours pas appliquée en Wallonie.En résumé aucune prise en compte du bien-être animal, de la chute de la biodiversité et de l’accessibilité en forêt. Inadmissible. La grande manifestation du samedi 21 mars à 11h devant le cabinet Borsus est plus que jamais maintenue.La coalition reste disponible pour discuter avec le gouvernement wallon en vue de revoir la loi sur la chasse et le projet d’AGW quinquennal.