Les dérives de la chasse en Wallonie Des atteintes majeures au bien-être animal

Le Code wallon du bien-être animal stipule :

Article D.1er. « L’animal est un être sensible qui possède des besoins qui lui sont spécifiques selon sa nature. Le présent Code vise à protéger la sensibilité et à assurer le bien-être de l’animal ».

Mais ce Code exclut l’animal sauvage de son champ d’application. Il ne concerne que les animaux sous le contrôle de l’homme. En particulier,
Art. D.57. § 1er. « …. Un animal est mis à mort uniquement après anesthésie ou étourdissement, sauf les cas … de pratiques de la chasse ou de la pêche. »

L’exclusion de l’animal sauvage du Code wallon sur le bien-être animal trace une ligne de démarcation juridique (mais surtout politique) entre les animaux qui sont sous la garde de l’homme (animaux domestiques et de rente), d’une part,  et les animaux sauvages (le gibier), d’autre part. 

Bien que revue à maintes reprises, la loi sur chasse date dans ses fondements de 1882.  Elle désigne, via des Arrêtés du Gouvernement Wallon (AGW)  quinquennaux, la faune qui peut être chassée (le gibier), les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse, les modes de chasse autorisés, etc.

Cette loi (fédérale) doit être revue en profondeur et transposée en Décret wallon.

Des méthodes de chasse faisant souffrir inutilement les animaux 

La chasse est par essence violente puisqu’il s’agit de tuer des animaux :

  • soit par nécessité (chasse de régulation), comme pour les cervidés et les sangliers, vu la disparition de leurs prédateurs naturels et dans le but de protéger la sylviculture ou l’agriculture ; 
  • soit pour le plaisir de chasser (chasse commerciale de loisir) et pour la recherche de trophées,  sans aucune nécessité écologique.

Grande faune

La chasse à cor et à cri et avec chiens stresse le gibier qui court à grande vitesse, ce qui conduit  à des tirs plus nombreux et moins précis qui, plutôt que les tuer immédiatement, blessent les animaux (7 à 8 balles par animal)  et les font souffrir plus longtemps. Des techniques de chasse plus respectueuses du gibier existent pourtant, comme la battue silencieuse ou l’affût (1,5 balle par animal tué) lorsque l’animal est tiré à l’arrêt.  Seules ces formes de chasse les moins maltraitantes doivent être préconisées afin de réduire la souffrance inutile des animaux.

Que dire de la chasse à l’arc, tolérée parce qu’elle n’est pas interdite et particulièrement cruelle, ce type de chasseurs ayant rarement l’habileté nécessaire pour tuer le gibier du premier coup. 

En outre, de grandes chasses wallonnes pratiquent le nourrissage artificiel des sangliers par un apport journalier et considérable de nourriture et par des cultures de maïs dédicacées en lisière de forêt et même en forêt. Et ce, uniquement pour assurer des tableaux de chasse pléthoriques.

Petite faune

L’agriculture intensive a transformé les plaines agricoles en déserts vides d’oiseaux et de petits mammifères et donc aussi de gibier sauvage. A défaut, des dizaines de milliers de faisans et de Perdrix grises élevés en captivité sont lâchés par les chasseurs chaque année dans la nature, peu avant la saison de chasse, dans le seul but de les tirer. 

La chasse du faisan et de la Perdrix grise ne saurait se justifier que si elle est accompagnée d’une restauration de leurs habitats et d’un arrêt de la chasse afin de permettre la restauration des populations, moyennant un suivi rigoureux et de manière indépendante. 

Et que dire des milliers de Canards colverts, qui sont élevés avant d’être “tirés aux pipes” comme à la foire, d’autant plus facilement qu’ils ne craignent pas l’homme. 

Notons encore que les oiseaux blessés ne sont souvent pas retrouvés et meurent dans la souffrance.

Ces dizaines de milliers d’animaux élevés en captivité et relâchés dans la nature sont inadaptés à vivre naturellement et deviennent la proie des petits prédateurs. Ces derniers sont massacrés par les chasseurs qui les considèrent comme des concurrents, comme par exemple le Renard roux qui peut être tiré toute l’année. 

Ces petits prédateurs ne sont pas seulement tirés, ils peuvent être piégés, par exemple par des collets à arrêtoir, qui occasionnent des blessures et de longues souffrances. Tout cela pour protéger le gibier, surtout celui qui est élevé en captivité.

Conclusion

L’exercice de la chasse échappe au Code sur le bien-être animal. Ce n’est admissible que si la chasse, cruelle par définition pour les animaux, est encadrée par les autorités dans une autre loi, la loi sur la chasse, qui elle est obsolète. 

A terme, des avancées législatives sont inéluctables, en faveur de l’animal sauvage et de la biodiversité et afin de limiter les souffrances dues à la chasse. 

La loi doit ainsi être plus en phase avec l’empathie des gens envers les animaux.

Cette loi (fédérale) sur la chasse doit être revue en profondeur et transposée en Décret wallon.