Chasse d’affaires et de loisir : à propos de l’Arrêté quinquennal 2020-2025 du Gouvernement wallon

Ce Communiqué de Presse fait référence à l’Arrêté du Gouvernement Wallon (AGW) fixant les dates d’ouverture, de clôture et de suspension de la chasse du 1er juillet 2020 au 30 juin 2025. Cet AGW, publié au Moniteur belge le 15 juin 2020, a figé la réglementation de la chasse pour cinq nouvelles années.

Le Ministre Willy Borsus, en charge de la chasse, s’est contenté de reprendre quasi intégralement les éléments de l’ancien AGW, pourtant recalé par le Conseil d’Etat, en ne l’adaptant que très légèrement dans le seul but de répondre aux objections de ce dernier pour ce qui concerne la Perdrix grise et en ignorant totalement les requêtes du collectif Stop Dérives Chasse. “Stop Dérives Chasse” a pour objectif de faire modifier la loi sur la chasse par les autorités wallonnes afin que soient interdites les pratiques cynégétiques désuètes favorisant la chasse d’affaires et de loisir, plutôt que la chasse de régulation. Son action est structurée autour de trois pôles :

  • la maltraitance animale inutile de la faune sauvage due à certains modes de chasse et à la surdensité du gibier entretenue artificiellement afin d’accroître les tableaux de chasse;
  • la perte de biodiversité due à la destruction des habitats et à la banalisation de la faune et de la flore du fait de la surdensité du gibier favorisée par des pratiques cynégétiques déviantes, comme le nourrissage artificiel du grand gibier et les lâchers annuels de petit gibier d’élevage ;
  • l’interdiction abusive d’accès aux chemins forestiers, sous prétexte du danger dû à la chasse, par l’usage d’affichages illégaux et de la non mise en oeuvre, depuis douze ans, de l’article 15 du Code forestier.

 Force est de constater que le lobby des chasseurs d’affaires et de loisir, pourtant minoritaires dans la population et ayant complètement failli dans son rôle de régulation du gibier, est très influent auprès des décideurs politiques, bien davantage que les mouvements environnementaux et socio-récréatifs. Ceux-ci demandent une vaste révision de la loi sur la chasse.
C’est ainsi que les nombreux courriers envoyés par le collectif au Ministre-président et aux Ministres du Gouvernement sont restés lettre morte. La seule exception notable concerne la chasse à la Perdrix grise qui sera tributaire, à partir de l’année cynégétique 2021-2022, à un plan de gestion des habitats et des populations par chacun des différents Conseils cynégétiques. Mais ces plans restent à définir, entre autre pour leurs politiques de lâchers de gibier d’élevage et pour la gestion des habitats. Ces plans devront être établis sur la base de quelques conditions peu précises imposées par l’AGW et qui devront être validées et puis contrôlées par le Département Nature et Forêt (DNF) de Wallonie . Nous doutons que que la section “nature” du Pôle ruralité soit également consultée à ce sujet, s’agissant pourtant de restaurations de mileux naturels. Les revendications suivantes du Collectif n’ont pas été entendues :

  • l’interdiction des lâchers de dizaines de milliers de petit gibier (perdrix, faisans) et de gibier d’eau (Canards colverts) pour le tir ; 
  • l’interdiction du nourrissage artificiel du grand gibier et principalement du sanglier, dont la surdensité détruit la faune et la flore et qui est responsable de dégâts agricoles et sylvicoles de plus en plus importants ; cette surdensité a aussi permis la propagation de la peste porcine africaine ;
  • l’interdiction de destruction des petits prédateurs, considérés par les chasseurs comme des concurrents ; comme le Renard roux, détruit dans le seul but de protéger le petit gibier d’élevage lâché dans la nature, négligeant ainsi le rôle essentiel de ces petits carnassiers dans l’équilibre des écosystèmes naturels et dans la lutte contre les zoonoses (maladie de Lyme, par exemple) ; 
  • l’interdiction de la chasse le dimanche pour les formes de chasse nécessitant la fermeture des sentiers et chemins forestiers, en particulier la chasse en battue à cor et à cri ;
  • la promotion de la chasse à licence dans les forêts publiques plutôt que par adjudication ;
  • l’interdiction formelle de la chasse à l’arc, une arme d’un autre âge, blessant trop souvent l’animal ; l’interdiction des pièges, cruels et non sélectifs ;
  • la mise en oeuvre de l’article 15 du Code forestier qui impose de restreindre la fermeture temporaire des chemins et sentiers forestiers uniquement lors d’une chasse en battue à cor et à cri ;
  • la révision du “Pôle ruralité” dont la section chasse, largement dominée par les chasseur, est, légalement, la seule à pouvoir remettre un avis sur les projets d’arrêtés concernant la chasse, sans que la section “nature” ne soit consultée, comme si la chasse se déroulait hors nature. L’avis exclusif de cette section pour conseiller le gouvernement nie l’impact négatif de la chasse d’affaires et de loisirs sur la faune et la flore, dû à la surdensité du gibier qu’elle entretient, et cela ne met pas en valeur le rôle nécessaire de la chasse pour réguler le gibier naturel en respectant les équilibres naturels et en l’absence de grands prédateurs;
  • l’application du Code wallon du bien-être animal aux animaux sauvages afin de limiter la cruauté de certaines pratiques cynégétiques, comme les pièges, la chasse en battue à cor et à cri et la chasse à l’arc.

 Stop Dérives Chasse ne manquera pas de poursuivre son action afin de faire aboutir sa demande d’une révision en profondeur de la loi sur la chasse en Wallonie. Le collectif rassemble 66 associations de divers milieux environnementaux et socio-récréatifs. Il est porteur d’une pétition demandant de mettre un terme aux abus de la chasse d’affaires et de loisir. Elle a déjà été signée, en à peine quelques mois, par plus de 35.000 citoyens. Le site www.stopderiveschasse.be illustre son action militante.