Quand l’amalgame devient une arme de désinformation

Sentant passer le vent du boulet avec les dernières études éthologiques animales où des scientifiques de plus en plus nombreux du monde entier mettent en évidence l’intelligence, la sensibilité et la sentience des mammifères, des oiseaux et des céphalopodes …, les milieux de chasse font comme toujours des tirs de barrage pour essayer de discréditer ces avancées scientifiques en faisant de méchants amalgames entre antispécistes, animalistes, vegans, biocentristes, et éthologues. François-Xavier Allonneau, auteur d’un article paru dans la revue française “Connaissance de la chasse” de février 2022 va jusqu’à affirmer que comme il est impossible pour la science de démontrer la sentience animale (?) ce seraient les seuls antispécistes qui décideraient de leur statut d’être sentient !

Il est évidemment plus confortable pour le chasseur de loisir, qui exploite les animaux sauvages pour son seul bon plaisir, de se sentir et de rester “au-dessus des autres êtres vivants“. L’idée même de devoir accepter d’être au même titre que tous les animaux ou même les plantes, un simple élément faisant partie intégrante de l’écosystème terrestre est pour lui intolérable. La certitude bien ancrée dans son subconscient que la ressource animale lui appartiendrait est à elle seule une justification suffisante pour continuer à exploiter cette “ressource” comme bon lui semble.


Ceci dit, découvrir et puis accepter que les animaux supérieurs autres que l’homme soient eux aussi intelligents et sentients, c’est à dire conscients de leur propre existence, n’enlève pourtant rien à la valeur de l’humanité. Paul Sugy dans son livre “L’extinction humaine, le projet fou des antispécistes” dont fait référence l’auteur affirme pourtant le contraire, alors qu’en réalité, une meilleure connaissance des “autres animaux” peut nous aider à devenir plus humain.


Il est évident qu’il y a dans toutes les couches de la société et dans toutes les disciplines des extrémistes qui poussent le schmilblic beaucoup trop loin, jusqu’à parfois prôner la violence pour imposer leurs idées. Ce n’est pas une raison sinon intellectuellement très malhonnête et destinée à discréditer les récentes études scientifiques, de faire un si méchant amalgame entre les récentes et très prometteuses découvertes en éthologie animale et les mouvements antispécistes, animistes, biocentristes ou véganistes.


Les lois sur le bien-être animal ne sont pas simplement une “mode sociétale“, mais bien la reconnaissance qu’en considérant à tort jusque très récemment les animaux comme de simples objets (res nullius ou “animal machine” à la Descartes) nous avions dérapé, dénié à l’animal toute notion de conscience, exploité à outrance et parfois torturés des êtres sensibles qu’il faut simplement réapprendre à respecter.


L’homme, né prédateur et omnivore a comme tout prédateur le droit de prédater, le nier serait tout aussi malhonnête que nier la sentience animale. Cependant, les avancées de l’éthologie animale nous démontre que nous ne pouvons plus le faire que dans le plus grand respect de la vie, vrai miracle en soi, sans faire l’impasse sur le fait que comme nous, les animaux sont des êtres sensibles, ayant une conscience, y compris de la douleur que nous pourrions leur infliger, et que ces “personnes non humaines” doivent être respectées et traitées non plus avec la condescendance habituelle de “l’homme dieu“, mais avec humanité et bienveillance.


Tout chasseur ayant un tant soit peu de dignité, doit être conscient que lorsqu’il enlève la vie à un animal pour rétablir des équilibres écosystémiques rompus par nos actions destructrices envers les prédateurs lors des dix derniers millénaires, il a le devoir de limiter les souffrances tant physiques que morales à tous ces animaux rabaissés par confort intellectuel et pour se donner bonne conscience au simple rang de cheptel gibier.


L’article 15 de la loi sur le bien-être animal est clair à ce sujet :


Lorsque la mise à mort sans anesthésie ou étourdissement d’un vertébré est tolérée dans le cadre de la pratique de la chasse ou de la pêche ou en vertu d’autres pratiques légales, ou lorsqu’elle rentre dans le cadre de la législation de lutte contre les organismes nuisibles, la mise à mort peut seulement être pratiquée par la méthode la plus sélective, la plus rapide et la moins douloureuse pour l’animal.


Ces gué-guerres de retardement, ces combats d’arrière garde perdus d’avance tant ils exaspèrent nos concitoyens, ne sont ni de mise, ni justes. C’est une fois de plus, s’il en fallait encore, une nouvelle preuve que certains milieux de la chasse de loisir sont prêts à tout, y compris le déni des avancées de l’éthologie scientifique, pour garder leurs privilèges d’un autre siècle.

Le collectif

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