Les dérives de la chasse au Parlement de Wallonie : simulacre de démocratie !

Ce mardi 8 novembre, le Parlement wallon a remis ses conclusions suite à la présentation du Collectif « Stop aux Dérives de la Chasse » début octobre. Ces conclusions sont totalement insuffisantes. Elles démontrent l’incapacité du monde politique à prendre les mesures de base nécessaires pour que cette activité de loisirs soit correctement encadrée afin de mettre en œuvre des engagements pourtant pris il y a près de 20 ans.

En 2004 déjà …

En 2004, après de longs débats, le Parlement wallon votait à l’unanimité une résolution demandant au Gouvernement de légiférer pour réguler l’activité de la chasse. Cette résolution définissait des principes écologiques, éthiques et de participation plus démocratique et collective.

Elle rappelait notamment que la biodiversité chassée était un bien commun, qu’il n’y a “ chasse que quand l’animal chassé est un animal sauvage capable de se défendre ayant pu se développer, se déplacer, s’alimenter et se reproduire dans des conditions naturelles”.

Elle demandait de mettre en place des plans de gestion régionaux, de monitorer correctement les populations d’espèces chassées, d’ouvrir les conseils cynégétiques à une large participation des usagers des paysages ruraux, de soumettre l’agrément des conseils cynégétiques à la réalisation d’objectifs de gestion. Elle exigeait entre autres des modes et des pratiques de chasse qui garantissent la plus grande efficacité de mise à mort en limitant le plus possible la souffrance infligée et de soumettre tout lâcher à l’élaboration d’un programme intégré de gestion.

Conclusions consternantes

C’est sur cette base que le Collectif « Stop aux Dérives de la Chasse » a interpellé les parlementaires début octobre vu l’absence de mise en œuvre de quasi tous les éléments de cette résolution adoptée à l’unanimité il y a 20 ans.

Depuis, les densités de grand gibier – gérées de manière exclusive par les chasseurs (représentés par le RSHCB) pour développer leur activité de loisir – ont explosé et sont dans une spirale infernale. Ces surdensités sont à l’origine de maladies et leurs impacts sur la biodiversité, les écosystèmes naturels, la production forestière, les prairies, les cultures, les jardins, les accidents routiers, … sont devenus catastrophiques. Par absence de courage politique, elles ont entraîné depuis des coûts de plusieurs dizaines de millions d’euros et mettent en péril des activités socio-économiques (agriculture, sylviculture, tourisme, …) pourtant essentielles pour l’avenir de la Wallonie. On continue par ailleurs de lâcher des centaines de milliers d’oiseaux élevés de manière artificielle dans des paysages inadéquats dans le seul but de les tirer. On est à l’opposé total des ambitions d’une chasse qui respecte des principes écologiques, éthiques et de participation collective et démocratique.

Ce mardi 8 novembre a eu lieu le débat des parlementaires wallons sur le sujet des dérives de la chasse. Les conclusions prises par les parlementaires de cette législature sont totalement déconnectées de la réalité des enjeux des déséquilibres biologiques, écologiques et socio-économiques qui sont gravement menacés par une activité de loisirs d’une toute petite fraction de la population wallonne dont les représentants s’obstinent à ne pas prendre leur responsabilité.

Fanny Cloutier, coordinatrice du Collectif « Stop aux Dérives de la Chasse », s’exprime : « Malgré quelques points positifs, tel qu’une demande de promotion des modes de chasse alternatifs à la battue à cor et à cri, les conclusions sont consternantes. »

L’interdiction du nourrissage et des lâchers : toujours pas mise en œuvre

Les résolutions proposées par les parlementaires wallons démontrent que l’engagement de la DPR sur la question du nourrissage par exemple, censée être appliquée depuis 2019, ne sera toujours pas mise en œuvre, alors que la surpopulation du grand gibier explose. Le Ministre de la chasse est pourtant aussi celui de l’agriculture, largement concernée par l’impact des surdensités de sangliers. L’enjeu de l’impact sanitaire des lâchers de dizaines de milliers d’oiseaux gibier dans un contexte endémique de grippe aviaire, démontré par le développement des foyers à Clavier et Frasnes-lez-Anvaing qui impactent de nombreuses espèces rares et protégées, est aussi totalement ignoré par le Parlement. Il n’existe actuellement aucune justification à cette pratique, qui bafoue le respect du bien-être animal et qui nuit à la biodiversité endémique wallonne, si ce n’est pour faire plaisir à certains chasseurs. Les problèmes ne feront pourtant qu’augmenter et les solutions ne pourront qu’être plus radicales.

Le Parlement et le Gouvernement : paralysés

Ces seuls exemples montrent que le monde politique est trop paralysé pour s’investir dans les trop nombreuses problématiques liées aux dérives irresponsables associées aux pratiques d’une partie des chasseurs. Pas un mot non plus sur une réforme fondamentale de la Loi sur la Chasse qui date de 1882 pour y inscrire des principes fondamentaux écologiques, éthiques et de gestion participative et collective d’un bien commun au XXIème siècle.

« Malgré un impact sanitaire considérable, le non-respect des principes de base du bien-être animal, la destruction de la biodiversité ou encore l’augmentation des conflits entre les différents utilisateurs de la forêt, ces dérives, dénoncées par 79 associations et des dizaines de milliers de citoyens wallons, ne sont toujours pas prises au sérieux par nos dirigeants politiques » déclare la coordinatrice du Collectif.

A l’heure de grandes déclarations ambitieuses lors des COP27 (climat) et COP15 (biodiversité), cette absence de prise de conscience des enjeux environnementaux et de société, de la nécessité d’actions qui deviendront sinon de plus en plus radicales, de leur responsabilité et de leur pouvoir est très interpellant. 


Vu cette situation, le Collectif continuera à se mobiliser et à rassembler les très nombreux acteurs de la société civile pour préparer une réforme fondamentale de la Loi sur la Chasse lors de la prochaine législature.

À l’intention des journalistes
Contacts presse :
Fanny Cloutier • fanny.cloutier@stopderiveschasse.be
+32 (0) 495 74 16 55 • Rue de Veeweyde, 43 – B-1070 Bruxelles

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