
Cela fait des années que Stop Dérives Chasse pointe du doigt et tente d’encadrer les lâchers massifs de canards colverts et de faisans pour la chasse. De très nombreux représentants du monde de la chasse le réclament aussi, et les partis politiques wallons les suivent. La ministre en charge de la chasse promet, à de multiples reprises, une réforme dans ce sens, mais… RIEN. Le Collectif lance donc une pétition pour faire face à cette inertie désolante.
Sur base des données de l’AFSCA et l’ARSlA, au moins 200 000 oiseaux (perdrix, faisans et canards) sont lâchés annuellement en Wallonie. La loi prévoit de fixer les conditions des lâchers, mais aucun arrêté d’exécution ne définit de limite pour le nombre d’animaux lâchés, de provenance génétique ni de suivi sanitaire (sauf pour la perdrix) et rien n’oblige les chasseurs à aménager le territoire pour favoriser la petite faune des plaines. La loi ne distingue en rien les deux formes de lâchers qui existent : le lâcher de repeuplement – développer une souche sauvage qui se reproduira sur le territoire – et le lâcher de tir – libérer des animaux pour les chasser dès que possible sans objectif de gestion (DEMNA, 2024).
Même si l’article 12 de la loi sur la chasse prévoit de lâcher les animaux minimum 30 jours avant la chasse de l’espèce, il suffit de se rendre sur les lieux de lâchers pour constater que les faisans et canards libérés n’ont rien de sauvage, ni avant, ni une fois la chasse ouverte. Ils sont sur certains territoires encore nourris plusieurs fois par jour jusqu’au jour même des chasses. On peut assimiler la quasi-totalité des lâchers observés à des lâchers de tir car on n’observe pratiquement jamais (sauf pour la perdrix grise) d’aménagement du territoire spécifique pour accueillir la petite faune des plaines. Les animaux sont lâchés en si grand nombre sur des territoires réduits qu’on peut parfois constater des densités de plus de 1000 animaux à l’hectare.
Le manque de dispositions régionales conduit à des dérives qui portent gravement atteinte à la qualité de vie des habitants, au bien-être animal et aux écosystèmes, tout en représentant une réelle menace pour la santé publique.
Depuis des dizaines d’années, le sujet des lâchers massifs et plus généralement de « la problématique de la chasse » est bien connu du monde politique. Fin 2003 déjà, le Parlement wallon votait à l’unanimité une résolution qui contenait notamment le principe suivant (PW, 2003) : « Il n’y a chasse que quand l’animal chassé est un animal sauvage capable de se défendre ayant pu se développer, se déplacer, s’alimenter et se reproduire dans des conditions naturelles. »
En 2023, c’est des chasseurs eux-mêmes que venait une impulsion progressiste vis-à-vis de certaines pratiques déviantes. Une quarantaine de représentants du monde de la chasse (conseils cynégétiques, Royal St-Hubert Club de Belgique, Ligue des Chasseurs, section « chasse » du Pôle Ruralité, etc.) a ainsi signé et envoyé un courrier demandant notamment l’arrêt des lâchers de tir au Ministre Willy Borsus.
A la fin de l’année 2023, c’était au tour du président du MR de réagir sur la questions des lâchers massifs pour le tir suite à l’interpellation d’une riveraine de la commune de Clavier : « A ce titre, et pour répondre à votre question, les seuls lâchers qui ont notre faveur sont ceux qui ont pour but le repeuplement ».
En marge des élections régionales de juin 2024, tous les partis interrogés (PTB, PS, Ecolo, DéFI, Engagés et MR) se sont positionnés contre les lâchers massifs d’oiseaux d’élevage pour le tir. Malheureusement, la Déclaration de Politique Régionale parue en juillet ne promet aucune mesure concernant ces pratiques.
En mars 2024, le Département de l’Étude du Milieu naturel et agricole (DEMNA) a publié une note sur les lâchers de tir et de repeuplement. Les conclusions de ce papier sont accablantes (DEMNA, 2024) :
Même si la loi sur la chasse du 28 février 1882 prévoit en son article 12, dernier alinéa, que “Le Gouvernement détermine, après avis du Pôle ruralité, les conditions auxquelles est soumis le lâcher du petit gibier et du gibier d’eau”, cette mesure n’a été exécutée que très récemment par l’AGW quinquennal d’ouverture/fermeture de la chasse du 5 juin 2025 et ce uniquement pour la Perdrix grise. Ce qui signifie que les lâchers de toute espèce autre que la Perdrix grise (faisans, colverts, lièvres) sont à considérer comme illégaux.
Après vingt ans, malgré la faible acceptation sociale et les preuves scientifiques évidentes (voir ci-dessus), il faut bien constater que la loi n’a pas été révisée et fait toujours l’impasse sur le sujet des lâchers de tir. De façon plus large, pratiquement aucune des recommandations de la résolution du Parlement de 2003 n’a été mise en œuvre.
En 2025, le collectif Stop Dérives Chasse a rencontré de nombreux riverains de communes du Brabant wallon touchées par les lâchers massifs d’oiseaux pour le tir. Après avoir enquêté pour relever certains éléments accablants, la coalition a eu rendez-vous avec les collèges communaux de Genappe, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Lasne et Clavier. Le collectif leur a soumis un règlement communal visant à encadrer les lâchers de faisans et de canards colverts sur leur territoire en vertu de l’article 58 quinquies de la Loi sur la Conservation de la Nature de 1973.
En novembre 2025, une première petite victoire a été remportée : les élus de Genappe ont déclaré que la commune était bien compétente pour adopter un règlement communal visant à interdire le lâcher de tir (celui de repeuplement resterait autorisé). Quelques jours plus tard, c’est la commune d’Ottignies qui a annoncé, à la suite d’une interpellation citoyenne, qu’elle s’alignerait sur le règlement communal de Genappe s’il était voté. Ces déclarations ont incité la ministre wallonne de la chasse à réagir en disant qu’une réglementation serait prise dans les mois à venir. Ces promesses ont donc conduit les communes à renoncer à légiférer localement, dans l’attente d’une réforme régionale.
Bien évidemment, aucune réforme n’a vu le jour dans les mois qui ont suivi. Cette inaction a conduit Stop Dérives Chasse à entreprendre une nouvelle action, plus juridique cette fois. À la fin du mois de juin 2026, suite à la publication de l’arrêté ministériel fixant les conditions de la chasse à la perdrix grise, le collectif avait une ambition : établir l’illégalité de cette pratique en l’absence de réglementation. Malheureusement, ni la Région wallonne ni son administration n’ont suivi l’analyse de l’avocat spécialisé.
Durant le mois d’août, les habitants du hameau de Saint-Fontaine (commune liégeoise de Clavier) se sont plaints de retrouver tous les jours de nombreuses dépouilles d’animaux. Le bourgmestre a confirmé une surmortalité importante. Après analyse, les premiers éléments ont écarté la grippe aviaire, mais un cas de botulisme (maladie nerveuse mortelle provoquée par l’ingestion d’une toxine produite par la bactérie Clostridium botulinum) a été relevé. Même si la situation sanitaire semble s’être stabilisée depuis, les préoccupations sanitaires et citoyennes à Saint-Fontaine ont ému tous les groupes de presse. Le Soir, L’Avenir, La Libre, SudInfo, la RTBF et même France 2 : plus d’une vingtaine d’articles de presse, reportages radio et télévisé sont parus durant la deuxième quinzaine de septembre.
Dans la foulée, la ministre Dalcq a déclaré une nouvelle fois qu’une réforme était en cours de réflexion, pour être publiée avant la prochaine saison de chasse, soit avant le mois de juillet 2027. Elle a précisé dans cette déclaration qu’elle souhaitait rencontrer les citoyens de plusieurs communes rurales avant de finaliser la réforme. D’après nos informations, le cabinet n’a pas encore organisé ces rencontres. Il y a donc fort à parier que les délais promis par la ministre ne pourront être tenus.
C’est la raison pour laquelle le collectif se tourne cette fois vers l’ensemble des citoyens wallons. Il souhaite obtenir une audition au Parlement wallon en fin d’année ou début 2027 pour exiger que la ministre Dalcq prenne les mesures nécessaires avant la prochaine saison de chasse, distinguant les lâchers de tir (à interdire) des lâchers de repeuplement (à autoriser sous conditions, sur le modèle de la perdrix grise).
Pour parvenir à obtenir une audition au Parlement wallon, il faut obtenir 1000 signatures sur la pétition accessible via ce lien (ou QR-code ci-dessous) : https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=petition-detail&id=571
Notre collectif, regroupant plus de 80 associations a pour but de faire évoluer la loi sur la chasse afin qu’elle prenne en compte les diverses sensibilités de la société (bien-être animal, biodiversité, activités socio-récréatives en forêt).
Associations fondatrices :

