
À l’occasion de l’ouverture de la chasse en battue au grand gibier en Wallonie ce 1er octobre, la plus grande association de chasse de Belgique (RSHCB, 2026) revendique la “régulation des gibiers surdensitaires […] » comme le pilier central de leur “loisir”. Pourtant, face à la prolifération des sangliers et à l’accroissement des populations de cervidés, la chasse comme outil de régulation de la grande faune sauvage est actuellement un échec. Stop Dérives Chasse demande à la ministre Dalcq une refonte de la Loi sur la chasse inspirée de celle du Luxembourg.
Depuis 1980, les populations de grand gibier en Wallonie ont plus que triplé pour le sanglier et doublé pour le chevreuil et le cerf.
Une telle croissance cause un déséquilibre tant au niveau des forêts, pour lesquelles la régénération naturelle et la rentabilité sont mises à mal, qu’en zone agricole où les ravages ont dépassé plus d’un million d’euros en 2024 (Widar, 2025). Les surdensités observées localement provoquent également des atteintes conséquentes à la biodiversité, occasionnent des risques sanitaires et représentent aussi un danger de sécurité routière en zones périurbaines.
Dans ce contexte, le rôle écologique du chasseur, censé réguler les populations, pose question : il n’est pas rempli, et ce, pour plusieurs raisons. La priorité de certains grands territoires de chasse est de garantir un tableau de chasse attractif à leurs actionnaires – certains chasseurs consentent à payer jusqu’à 5 000 € la journée (Tchak, 2025). S’y ajoute le prestige associé au tir d’un grand cerf boisé. Dans ces territoires, un tableau de chasse abondant vaut plus qu’une forêt en équilibre. Maintenir des densités élevées devient alors un choix économique ou un enjeu de prestige social. Le nourrissage et la configuration du territoire de chasse en sont les outils.
Ces constats soulignent l’urgence de repenser le rôle et les pratiques de la chasse pour en faire un véritable outil de gestion durable de la faune sauvage. Une gestion adaptative serait une solution pertinente : elle consiste à ajuster localement les populations de la grande faune sauvage, tant en amont des dégâts qu’en remédiation, en associant réellement l’ensemble des acteurs concernés (forestiers, agriculteurs, chasseurs, naturalistes…) dans la fixation des quotas. Une telle approche suppose également un changement de mentalité chez les chasseurs, appelés à accepter la variabilité des prélèvements et la primauté de l’intérêt général plutôt qu’une rentabilité financière.
Depuis plusieurs années, la Wallonie répond à cette problématique en prolongeant les périodes de chasse, au détriment de l’intérêt collectif de tous les autres usagers de la forêt, sans toucher aux causes. La commune de Stoumont l’a bien compris et a interdit tout nourrissage sur l’ensemble de son territoire sur base de la loi sur la conservation de la nature, règlement validé en mai dernier par le Conseil d’État.
Stop Dérives Chasse demande à la Ministre de la Chasse Anne-Catherine Dalcq de s’inspirer du Luxembourg. Sa Loi sur la chasse, entièrement réécrite en 2011, soumet l’exercice de la chasse à l’intérêt général et à la prévention des dégâts de gibier. Elle interdit le nourrissage artificiel du gibier. Et elle confie la gestion à un conseil consultatif dans lequel administrations, secteurs agricole, forestier, environnemental et chasseurs siègent à parts égales. Une telle réforme, fondée sur l’équilibre et la transparence, montre qu’un autre modèle est non seulement possible, mais indispensable.
Notre collectif, regroupant plus de 80 associations a pour but de faire évoluer la loi sur la chasse afin qu’elle prenne en compte les diverses sensibilités de la société (bien-être animal, biodiversité, activités socio-récréatives en forêt).
Associations fondatrices :

