
La période de chasse en battue s’étend chaque année d’octobre à fin janvier et nombreux sont les usagers de la nature (non-chasseurs) ne connaissant pas ou peu les différentes méthodes de chasse pratiquées en Wallonie. Cet article présente et compare les modes de chasse les plus répandus dans notre région : battue à cor et à cri, traque-affût, approche et affût sans aborder les autres organisations : chasse à la botte (devant soi), au vol etc.
Les battues à cor et à cri nécessitent souvent une organisation humaine et matérielle importante : avec parfois plusieurs dizaines de chasseurs, de rabatteurs et beaucoup de chiens les accompagnant. Les participants à la chasse reçoivent les informations pratiques de la battue (déroulement, quotas, consignes de tir et de sécurité) lors du “rond” formé autour du directeur de la chasse en début de journée. Des radios sont utilisées pour coordonner postes et traqueurs mais aussi pour prévenir les chasseurs de l’arrivée du gibier traqué (1).
Les traqueurs, vêtus de vêtements fluorescents et accompagnés de chiens progressent en ligne à travers l’enceinte pour mettre le gibier en mouvement, le poussant souvent à la course par la pression des chiens. Ceux-ci jouent un rôle important : ils acculent le gibier et le forcent à « démarrer », y compris hors des ronciers les plus denses où se cachent souvent les sangliers. Les rabatteurs sont souvent munis de trompes de chasse ou de piboles. Ces instruments sont l’ancêtre des radios et sont utilisés davantage pour exprimer des attitudes du gibier ou annoncer le gibier tiré que pour faciliter sa capture.
Schéma simplifié du positionnement des participants à une battue à cor et à cri
Les chasseurs ont un poste de tir attribué pour chaque journée de battue, qui peut être matérialisé par un mirador, un trait de peinture sur un arbre ou d’autres petites structures (ex fréquent : palettes en bois). Le gibier est rabattu par les traqueurs dans l’enceinte. Une fois le gibier sorti de l’enceinte, les chasseurs ne peuvent tirer que dos à l’enceinte avec un angle de 120° devant eux, évitant ainsi tout risque (30° de sécurité de part et d’autre) d’accident avec leur voisin de poste.
Schéma simplifié du positionnement des participants à une battue à cor et à cri
Il arrive que les chiens saisissent des animaux, notamment des jeunes ou de petite taille, ou qu’un gibier blessé revienne dans l’enceinte et soit immobilisé. Dans ces situations, les traqueurs procèdent à l’achèvement à l’arme blanche pour éviter des blessures aux chiens, tandis qu’un animal blessé restant visible depuis un poste de tir peut être achevé en tirant une deuxième balle, faute de quoi il faut attendre la fin de la battue pour intervenir en sécurité.
Les chasseurs postés en battue ne peuvent utiliser que des armes à feu. L’usage de l’arc est donc totalement proscrit dans ce mode de chasse si le chasseur est posté sur la même ligne que d’autres chasseurs.
À l’issue de la battue, chasseurs et traqueurs se rassemblent pour signaler soit un animal blessé au directeur de la battue — en précisant poste, direction, réactions observées et zones marquées pour guider la recherche — soit une bête tuée au ramasseur avec l’emplacement exact de la carcasse pour l’enlèvement et l’éviscération. Dans le cas où des animaux gibier sont blessés, le directeur appelle des conducteurs de chien de sang à la fin de battue (délais d’intervention : minimum 4h) qui sont chargés de retrouver les animaux blessés.
L’ensemble des participants ne se retrouve en fin de journée pour le tableau de chasse, où le gibier vidé est disposé selon les usages afin de clore officiellement la chasse.
Pour une battue à cor et à cri, la forêt est fermée à toute personne extérieure pour des raisons de sécurité. La fermeture des bois et forêts pendant une battue est obligatoire via la pose d’affiches réglementaires rouges à l’entrée de tous les sentiers et chemins du périmètre chassé. La fermeture des voiries qui traversent la zone de chasse est également possible mais cela n’est pas une obligation comme pour les sentiers et chemins.
Affiches réglementaires de fermeture des chemins (source : SPW)
L’organisation conséquente des battues à cor et à cri leur permet de tirer beaucoup d’animaux – cela peut aller jusqu’à une centaine sur de grands territoires densément peuplés – à chaque journée de chasse. La possibilité d’obtenir des tableaux de chasse plantureux, associée au caractère convivial de cette pratique, en fait la méthode de chasse la plus populaire parmi les chasseurs.
Même si les règles et les consignes données en battue à cor et à cri permettent un déroulement en toute sécurité, l’organisation de ce type de chasse implique la fermeture complète de la forêt pour des raisons de sécurité. Les battues causent donc un déséquilibre entre les différents usagers des bois et forêts, favorisant pendant plusieurs mois les chasseurs au détriment de tous les promeneurs, naturalistes, cavaliers et autres utilisateurs.
La battue à cor et à cri présente également de grandes lacunes éthiques par rapport aux alternatives présentées ci-dessous. En effet, au moment de la traque, le bruit et les chiens courant après le gibier mettent ce dernier dans un état de panique intense et ce, durant toute la journée de chasse.
Les tirs se font dans la course des animaux et ne sont pas toujours précis. Le gibier a donc plus de risque d’être blessé au cours d’une battue à cor et à cri que pour les autres méthodes. En témoigne le nombre déclaré de sept balles tirées par animal tué lors de battues à cor et à cri (2).
Enfin, selon un rapport du Conseil wallon du Bien-être animal (3), le gibier blessé durant une chasse, potentiellement conscient et en souffrance, n’est retrouvé que dans 60% des cas (tout gibier confondu en 2022) et concerne plusieurs milliers d’individus chaque année. Les modalités actuelles d’achèvement et de recherche de gibier blessé ne respectent pas la loi actuelle en la matière, qui oblige à rechercher tout gibier blessé.
La traque-affût est un mode de chasse collectif, pratiqué depuis des siècles dans certaines régions, qui peut se pratiquer dans toutes les situations (dès 50 ha en superficie) (2). La poussée silencieuse est une variante de la traque-affût sans l’usage de chiens de rabat.
Schéma simplifié du positionnement des participants à une traque-affût
Dans une journée de chasse en traque-affût, les chasseurs sont postés sur des miradors surélevés (généralement de 2 à 3 mètres), espacés suffisamment pour atteindre un poste pour dix hectares. Ces postes sont installés à des positions stratégiques de façon à croiser les chemins naturellement fréquentés par le gibier sans apparaître trop visibles.
Pendant ce temps, des petits groupes de trois à six rabatteurs progressent calmement pour parcourir la totalité du terrain défini. Il n’y a pas de ligne rigide de rabatteurs comme pour les battues à cor et à cri. Ils communiquent entre eux simplement pour annoncer leur position : conversations, coups de bâton sur un tronc, sifflements…
Dans le cas où les rabatteurs sont accompagnés de chiens (silencieux), ils les maîtrisent parfaitement et sont capables de les faire revenir au pied facilement. Leur rôle est uniquement de mettre le gibier en mouvement (le lever) mais pas de le suivre (le traquer).
Grâce à cette méthode peu bruyante, les animaux sont levés lentement et prudemment. Ils sont donc moins stressés et continuent d’emprunter leurs chemins habituels, sans panique ni course effrénée.
Par ailleurs, les règles de tir sont précises. Le chasseur peut tirer uniquement sur les animaux désignés, s’il a une occasion de tir parfaitement sécurisée et fichante (qui descend vers le sol). L’efficacité des tireurs est garantie par l’interdiction de tirer sur un animal en mouvement à plus de cinquante mètres. On recommande de tirer uniquement sur un animal à l’arrêt (4 pattes au sol). Si un tireur rate sa cible plus de deux fois, il ne peut plus tirer et son arme sera vérifiée avant qu’il ne puisse continuer la journée. Pour s’assurer de l’efficacité des chasseurs et du bon respect des consignes, le responsable de la traque comptabilise les balles tirées.
Ces mesures offrent un excellent taux d’efficacité : en moyenne 1,5 balles (dépend du contexte) par animal prélevé, signe d’une chasse sélective, posée et précise (2).
Sur base des études réalisées, la méthode poussée-affût présente de nombreux avantages par rapport aux battues : moins aléatoire, plus adaptable aux contextes locaux et permettant des nuisances sonores moindres et des tirs plus efficaces (précision accrue, angle de tir traversant) (3).
Chasseur positionné sur un mirador lors d’une journée de traque-affût
Les conditions d’organisation des traques-affûts garantissent non seulement l’efficacité des prélèvements mais aussi la sécurité pour tous les usagers de la forêt sur les chemins à proximité. La forêt peut ainsi rester ouverte au public avec une signalétique adaptée à l’entrée des accès pour prévenir les promeneurs, VTTistes et autres passants de l’éventualité d’entendre des coups de feu.
En revanche, cette méthode nécessite davantage d’investissements pour obtenir de tels résultats dans une forêt multifonctionnelle. Plusieurs aménagements sont nécessaires comme le dégagement de zones stratégiques ou l’installation de miradors adaptés avec la possibilité de poser l’arme sur une rambarde de façon à la tirer confortablement en position d’affût. Les miradors classiques de battue sont rarement adaptés pour cela.
La traque-affût nécessitant une grande organisation humaine, le gestionnaire de la chasse doit généralement organiser plusieurs journées sur la saison pour atteindre les quotas ou coupler cette organisation à d’autres méthodes réalisées régulièrement comme l’affût ou le pirsch (voir ci-après).
Aussi appelée “pirsch”, la chasse à l’approche est un mode de chasse solitaire et discret qui consiste à se déplacer lentement et silencieusement afin d’observer, d’identifier, et le cas échéant de tirer un animal à une distance adaptée. Le chasseur avance par étapes, alterne observation et progression, et se déplace en fonction du vent pour éviter d’être perçu. Il utilise les reliefs et la végétation pour se dissimuler et reste attentif aux indices de présence : traces, bruits, mouvements, odeurs. Lorsqu’un animal est repéré, il évalue la distance, choisit une position stable et prépare le tir dans des conditions de sécurité strictes (4).
Schéma simplifié du positionnement du(des) participant(s) à une chasse à l’affût
La chasse à l’affût repose sur l’attente prolongée depuis un poste fixe, souvent un mirador ou un abri situé en lisière, au bord d’une clairière ou à proximité d’un passage fréquenté. Le chasseur s’y installe avant les périodes d’activité du gibier, le plus souvent à l’aube ou au crépuscule. Il veille à ne pas faire de bruit en accédant au poste, contrôle la direction du vent et observe le terrain. Il tire uniquement lorsque l’animal est identifié, correctement positionné et dans des conditions garantissant un tir fichant et maîtrisé.
Schéma simplifié du positionnement du(des) participant(s) à une chasse à l’affût
La grande discrétion de ces deux méthodes de chasse permettent aux usagers d’accéder à la forêt en période de chasse. Le gestionnaire de chasse peut informer le public à l’aide d’affiches jaunes informatives.
Affiches informative de la tenue de journée à l’approche et à l’affût (source : SPW)
Ces deux dernières modes de chasse peuvent être associés au cours d’une même sortie : l’approche permet de repérer et de juger les animaux, l’affût offre la possibilité d’un tir précis dans un cadre stable. Leur pratique repose sur une préparation rigoureuse du matériel, le respect des distances et des règles de sécurité, et la connaissance du territoire parcouru.
Alliant éthique, efficacité et quiétude au profit d’une forêt multifonctionnelle, la traque-affût est une option des plus souhaitables pour réguler le grand gibier en Wallonie et ce, dans de nombreux contextes variés (4). En revanche, il est difficile de systématiquement privilégier cette méthode car elle n’est pas adaptée à toutes les régions et tous les contextes.
Le Conseil wallon du bien-être animal, dont le rapport a été approuvé par les représentants de la chasse du groupe de travail, préconise un changement radical de la méthode de chasse dans les territoires où cela est envisageable. Il recommande de promouvoir la pratique de la traque-affût en lieu et place des battues à cor et à cri, dès que c’est possible et plus particulièrement à partir du mois de novembre, lorsque les feuilles sont tombées.
Le collectif Stop Dérives Chasse approuve les mesures recommandées par le CWBEA, qui permettront en partie de mieux rencontrer les obligations légales en matière de bien-être animal.
Pour promouvoir les pratiques plus éthiques et démocratiques, le collectif soutient les initiatives locales en proposant par exemple son appui technique aux communes qui souhaitent renouveler leurs baux de chasse des forêts communales. Conscient des enjeux liés à la gestion de populations de grand gibier en expansion, aux revenus de la chasse et à la multifonctionnalité des forêts, Stop Dérives Chasse propose son expertise à tout propriétaire, public ou privé, souhaitant faire évoluer les pratiques cynégétiques sur son domaine.
Notre collectif, regroupant plus de 80 associations a pour but de faire évoluer la loi sur la chasse afin qu’elle prenne en compte les diverses sensibilités de la société (bien-être animal, biodiversité, activités socio-récréatives en forêt).
Associations fondatrices :

