
Parue en soirée ce jeudi 11 juillet, la Déclaration de Politique Régionale (DPR) indique ce que le Gouvernement wallon souhaite mettre en place pour les cinq années à venir, de 2024 à 2029. Le collectif Stop Dérives Chasse a analysé les propositions du programme qui touchent à la chasse et plus particulièrement aux aspects de biodiversité, bien-être animal et accessibilité des forêts.
Le Gouvernement s’engage à restaurer les habitats naturels à deux reprises dans le programme, avec une précision pour les habitats naturels de plaine. Espérons que leur promesse de concertation avec les secteurs environnementaux, agricole et cynégétique soit réellement tenue.
Une des seules réelles nouvelles propositions du programme mentionne la “mise en place d’un Fonds cynégétique dont une partie pourra être affectée à la sécurité et à la sensibilisation sur les restaurations d’habitats, en concertation avec le secteur”. Cette proposition est bien loin des préoccupations importantes du collectif et nous sommes interpellés par la mise en œuvre d’aides financières au service d’un lobby si puissant économiquement.
Le programme ne fait que reprendre les objectifs du code forestier, qui visent à diversifier les fonctions de la forêt : produire du bois de qualité dans une filière qui se développe ; garantir le rôle social, récréatif et éducatif de la forêt ; le tout en sauvegardant la biodiversité. Malheureusement, rien de concret n’est développé dans le document pour atteindre ces enjeux.
Enfin, le Gouvernement prévoit de simplifier les demandes de dérogation concernant la lutte contre les espèces invasives ou pour les destruction des espèces en cas de dégâts à l’agriculture ou à la biodiversité. Dans le cas des sangliers, cette mesure se concentre uniquement sur les conséquences des surdensités avec des mesures de réduction des nuisances. Or, l’idéal serait de régler le problème à la racine en se penchant sur les différentes pratiques cynégétiques qui visent à conserver un gros capital gibier (nourrissage dissuasif inefficace et tirs sélectifs).
En matière de bien-être animal, la DPR suit tout à fait la même dynamique que pour la biodiversité. Elle fait mention de plusieurs objectifs positifs ambitieux, comme la garantie de la protection et du bien-être de tous les animaux en tant qu’être sensibles ou la mise en œuvre du Code wallon du bien-être animal mais les propositions pratiques et concrètes sont absentes.
Une exception est à noter pour la proposition de soutien aux actions de promotion de la sécurité à la chasse ainsi qu’aux des formations aux chasseurs pour le bien-être animal. Il faudra suivre de près les avancées à ce niveau pour s’assurer que le Gouvernement donne une suite à l’avis du Conseil Wallon du Bien-Être Animal (CWBEA) à propos des méthodes de chasse et de la recherche du gibier blessé, rendu publique en avril dernier.
Le Gouvernement prévoit dans son programme « d’améliorer la coexistence et les synergies entre les activités humaines et les espaces naturels avec une attention particulière pour la biodiversité à travers ses politiques de nature et forestière ». Le collectif Stop Dérives Chasse restera attentif pour voir quelles politiques seront mise en place dans cet objectif. Des mesures pour encourager des modes de chasse qui ne bloquent pas l’accès du public à la forêt (poussée silencieuse, affut et approche) pourraient déjà avoir un effet significatif mais aucune mention n’est donnée à ce propos.
La DPR propose de donner davantage d’accessibilité pour les mouvements de jeunesse à la forêt. Les moyens pratiques pour y parvenir sont encore une fois absents du texte.
La seule mesure concrète pour améliorer l’accessibilité aux forêts est le développement de “Chasse-On-Web”, qui est pourtant déjà mis en place depuis la saison de chasse 2023-2024.
Comme les partis constitutifs de la coalition l’avaient prévu, la DPR encourage la valorisation et la promotion de la viande de gibier provenant de Wallonie, par exemple auprès du secteur Horeca.
Enfin, là où une proposition plus que nécessaire aurait été de prévoir un renfort des moyens humains et financier de l’administration pour lutter contre les infractions et les pratiques déviantes, le Gouvernement prévoit seulement de « clarifier les missions de l’Unité Anti-Braconnage » et de « moderniser le fonctionnement du Département Nature et Forêts (DNF) ».
Le collectif regrette fortement la teneur du document sur les thématiques de la chasse, de la nature et du bien-être animal, qui ne constituent au total que 3 pages pour un document en comportant plus d’une centaine.
La première mention du terme biodiversité au début du document sonne comme une lueur d’espoir pour un Gouvernement dont les partis constitutifs étaient fortement opposés à toutes nos revendications. En lisant le document, on constate rapidement que l’aspiration du Gouvernement à “une société qui fait face au changement climatique et qui protège la biodiversité avec lucidité et pragmatisme” n’est en fait qu’une énumération superficielle de certains objectifs environnementaux européens.
Comme une symbolique des priorités de ce Gouvernement, les propositions sur la nature, la biodiversité et la chasse n’apparaissent qu’à la toute fin du document. Comme vous avez pu le lire ci-avant, les propositions liées de près ou de loin à la chasse ne mentionnent pas la moindre revendication du collectif.
Avec un œil extrêmement optimiste, on pourrait voir dans ce document des points encourageants, notamment à propos du contrôle des populations de sangliers, tant le programme laisse la porte ouverte à l’interprétation. Cependant, il y a fort à parier que l’ambiguïté de toutes les propositions liées à la chasse et à la nature soit tout à fait volontaire. En l’absence de mesures de changement concrètes, un scénario fort probable au vu des priorités affichées, le caractère vague de ce document permettra au Gouvernement de se soustraire à toute critique, étant donné que chaque proposition reste ambiguë et ouverte à interprétation.
Même si ce document est un échec sur l’aspect de nos revendications, le collectif Stop Dérives Chasse reste motivé pour continuer le combat ! Si le monde politique ne fait pas évoluer la législation sur la chasse, c’est aux associations de se battre pour bousculer et faire interdire les pratiques de chasse déviantes.
Le responsable de la chasse de l’ancien Gouvernement nous a toujours fermé toute réflexion durant la précédente législature. C’est pourquoi nous sommes persuadés que la nouvelle Ministre de la chasse, Anne-Catherine Dalcq, ne pourra que faire mieux en matière de discussion et d’avancée pour la chasse. Nous prévoyons donc une rencontre dans les prochaines semaines pour pouvoir dialoguer de façon constructive et défendre nos revendications auprès d’elle et de son cabinet !
Notre collectif, regroupant plus de 80 associations a pour but de faire évoluer la loi sur la chasse afin qu’elle prenne en compte les diverses sensibilités de la société (bien-être animal, biodiversité, activités socio-récréatives en forêt).
Associations fondatrices :